Répressions et déportations
de la famille juive Wajntreter.
A) Présentation de la famille
- La Famille Wajntreter s'installe à Saint-Pierre-des-Corps (Indre-et-Loire), à la fin de l'année 1931. Ses membres sont originaires du centre de la Pologne, de la ville de Tomaszow-Mazowiecki. La famille Wajntreter a quitté la Pologne, fuyant les pogroms contre les Juifs et les difficultés économiques. La famille Wajntreter espère réussir son installation en France. De fait, à cette époque, la France est à la recherche de main d’œuvre pour remplacer notamment les morts et les infirmes, et pour se relever, de la Première Guerre Mondiale.
- La famille se compose du père, Pierre, de la mère, Syma, et de leurs 6 enfants (Berthe, Rachel et Renée nées en Pologne, puis David, Charlotte et Denise qui sont eux nés à Tours).
- Au bout de leur terrible histoire, à la fin de la Seconde guerre mondiale, Rachel et Pierre sont les seuls survivants à l'extermination.
B) Histoire de la famille Wajntreter, installée à Saint-Pierre -des-Corps (dès années 1930 à la défaite française de 1940).
Saint-Pierre-des-Corps, dans les années qui précèdent la guerre, est une petite ville industrielle, alors de 8 000 habitants environ.
La famille s'intègre bien en France, et ses membres obtiennent leur naturalisation le 25 mai 1940. Ce sont des gens discrets et modestes, notamment en ce qui concerne leurs pratiques religieuses, qu'ils n'affichent pas en public. En effet, les traditions juives sont faites dans le cadre privé, à la maison. Ils retrouvent parfois des membres de leur communauté religieuse à Tours, notamment lors des grandes fêtes.
En 1940, suite à la défaite française, les Nazis s'installent en zone occupée, dont fait partie Saint-Pierre-des-Corps.
C) Les premières mesures antisémites:
vers différentes formes de répressions
vers différentes formes de répressions
- Prémices
de mesures catégorisant les Juifs: dès le 27 septembre
1940,
le préfet organise le recensement des Juifs de la zone occupée,
c'est-à-dire que les familles doivent se déplacer pour
se faire enregistrer (coordonnées, noms, lieu de
naissance...). Pierre Wajntreter fait la démarche d'y aller et
remplit cette formalité.
-
Le 3 octobre 1940, le gouvernement de Vichy vote une loi établissant
un statut particulier des Juifs, faisant ainsi de ces
personnes une catégorie à part de la population française.
-
Le 15 octobre 1940, les époux Wajntreter décident de rédiger
une dotation à titre de partage anticipé pour leurs six
enfants, qu’ils signent chez Maître Vassor, un
notaire. Cet acte montre qu'ils sont anxieux de la suite
des événements. Ce sentiment d'angoisse se retrouve notamment
dans les demandes répétées de Berthe, qui réclame très souvent à
partir pour la zone libre, vers le sud.
-
Le 18 octobre 1940, un cran est encore monté dans la volonté de
répertorier tous les Juifs: les autorités Allemandes lancent le
recensement des entreprises juives. Cela signifie que les
commerçants doivent afficher des pancartes, où il est clairement
écrit la mention «Judishes Geschäft» (magasin juif). En ce
qui concerne la famille Wajntreter, Pierre (le père de
famille) a en sa possession un magasin, et s'y soumet. Le préfet
envoie même des lettres de rappel sur lettres de rappel pour
que la police veille de près à l’exécution de ce décret.
-
Et dès le 22 octobre 1940, ce sont les cartes d’identité qui
doivent être conformes, en zone occupée, avec
l'inscription de la mention «juif» ou «juive» en
lettres rouges.
Les
Wajntreter, comme beaucoup de Juifs, ne peuvent plus circuler
librement : le couvre-feu par exemple pour les Juifs
est appliqué entre 20h et 6h du matin. Ces mesures
sont dans la continuité des lois de Nuremberg: de fait, en
Allemagne ces lois de 1935 sont dans la volonté d'appliquer les
politiques antisémites: les Nazis veulent exclure les Juifs de la
société des pays qu'ils occupent: c'est pourquoi, ils leur
interdisent d’être dans des lieux publics et de
faire différents types d’activités (fréquenter des
cafés, les cinémas, les marchés ...etc).
- Ces
mesures entraînent finalement la fermeture de l'activité de Pierre
Wajntreter, le 31 décembre 1940. Pierre
doit céder son stock de légumes, ses camions et ses étals, et doit
retrouver un emploi. Comme
il est privé de ses biens et du droit d'exercer, il ne trouve une
place à la brasserie Webel, qu'en février 1942. Cette
entreprise Webel est juive mais elle a un administrateur
provisoire français.
-
Le 29 mars 1941, le Commissariat général aux questions juives
est créé pour « éliminer les Juifs de toutes les interférences
dans les domaines vitaux et dans la vie publique, administrer
leurs biens jusqu’à la date de leur évacuation». Cela est
fait par l’État français dans sa volonté de collaborer avec
l'Allemagne nazi.
-
A partir de juillet 1941, un décret instituant le second statut
vichyste des Juifs, autorise les préfets à pratiquer
l'internement administratif des Juifs de nationalité
française." Ces internés sont enfermés dans des camps
d'internement. Ainsi, plusieurs sont créés en Indre-et-Loire, comme
ceux de la Morellerie à Avrillé-les-Ponceaux, de la Haute-Barde à
Beaumont-la-Rone, et celui de La Lande à Monts.
D) Déportations: l'anéantissement de la famille.
La
famille Wajntreter est donc l'exemple d'une famille
d’immigrés polonais,
dont le dur parcours abouti à son anéantissement par
les Nazis.
La
famille a été déportée ce qui veut dire qu'ils ont été
forcés de quitter leur domicile, leur vie à
Saint-Pierre-des-Corps, dans des conditions extrêmement
difficiles, jusque vers des centres de mise à mort. De
fait, une partie de la famille Wajntreter est raflée en
juillet 1942.
Définition
de déportation = Déplacement forcé d'une population.
La
répression s'accentue dès février 1942.
Dans
la nuit du 5 au 6 février 1942, les nazis ont arrêté 50
otages: 39 Juifs et 11 communistes. C'est une rafle qui a
lieu à la rue Hallebardier, à Tours. C'est alors une pratique
courante des Nazis.
Pierre
manque d'être arrêté à la sortie de son travail. C'est
alors qu'il s'enfuit et réussit à passer la ligne de
démarcation, atteignant la zone libre. Il trouve refuge à
Châteauroux. La
mère, Syma, refuse de passer en zone libre car elle se sent
française.
Le
12 juillet 1942, l'ordre est donné d'arrêter tous les juifs de
la zone occupée.
Les
plus jeunes : Renée, Charlotte et Denise sont arrêtées
et internées de manière arbitraire à la Haute-Barde à
Beaumont-la-Ronce.
David,
Rachel et Berthe sont alors toujours à Saint-Pierre-des-Corps avec
leur mère, mais pour peu de temps. Le
15 juillet 1942, la Feldgendarmerie emmène la mère et
David. La
sœur aînée Berthe n'était pas présente et Rachel réussit à
être cachée par sa mère derrière un divan, au moment de
l'arrestation.
Berthe
et Rachel cherchent le moyen de rejoindre leur père en zone libre,
à Châteauroux. Elles parviennent à obtenir des faux papiers.
David
et sa mère sont entre-temps transférés au camp de La lande,près
de Monts. C'est dans ce camp que les autres filles, Renée, Charlotte
et Denise, sont elles mêmes transférées jusqu'à leur départ
pour Drancy, camp national de regroupement, le 4 septembre.
Le
18 septembre 1942, Syma est dans les convois de départ de Drancy
vers la Pologne, avec David, Renée, Denise et Charlotte, pour
le centre de mise à mort d'Aushwitz. Syma
est gazée le 23 septembre 1942, à son arrivée, avec donc ses
4 plus jeunes enfants.
Cet
épisode marque le final d'un parcours orchestré par les Nazis pour
éliminer un maximum de Juifs d'Europe. Plus d'un million d'entre eux
sont déportés et gazés à Auschwitz, au terme de violences et
de douleurs horribles.
En
France, le
16 septembre 1942, Berthe tente de franchir la ligne de
démarcation, mais n'y parvient pas. Elle est arrêtée et
transférée à Monts, au camp de la Lande, avant d'être à son
tour envoyée à Drancy. Elle est déportée le 13 février 1943
à Auswhitz et gazée le 18 février 1943. C'est
le sixième membre de cette famille qui meurt des déportations et
des répressions mises en oeuvre par les Nazis.