Témoignage de M. Soury

  Témoignage de M. Jean Soury

M. Soury est un résistant qui est venu le jeudi 18 janvier 2019, dans notre collège. Lors de sa venue, nous avons découvert des aspects incroyables de son parcours.

Il a beaucoup insisté sur certaines valeurs: Se battre pour le rétablissement des libertés, et pas seulement pour libérer la France: rétablir la République et en finir avec les politiques de haine (il précise que c'est toujours son combat aujourd'hui, et que la France d'aujourd'hui ne ressemble pas à celle pour laquelle lui et ses compagnons se sont battus).

 

Photographies prises par des membres du collège Bernard de Fontenelle, 

Savigné-sur-Lathan, 2019.






M. Soury répondant à nos questions lors d'un entretien pour le CNRD.















Témoignage de M. Soury devant toutes les classes de 3e du collège.


Jean Soury débute son témoignage en indiquant qu’il est né en 1927.
Il devient résistant très jeune, à l’âge de 15 ans, d’abord comme agent de liaison (« dans un pays sans liberté » où la communication est nécessaire mais très compliquée). Ses actions de résistance ont eu lieues dans le Limousin (zone non occupée). Il a notamment participé à la libération de Limoges, d’Angoulême, de Saintes et de Royan (où il a été blessé).

Précisions sur le contexte historiques (1939-1940): La France est alors divisée en 2.
Des hommes et des femmes n’ont pas accepté cette défaite.

M. Soury précise qu’il fait parti de la génération de l’entre-deux guerres : sa famille pansait les plaies de la 1ère guerre mondiale. Il a grandi dans un milieu rural. En allant à l’école, il rencontrait des invalides, des anciens combattants blessés. Il participait aux cérémonies du 11 novembre. Son grand-père paternel a été tué à la guerre, et son grand-père maternel a fait Verdun, avec des récits à la famille faits lors des soirées de veille.

M. Jean Soury ensuite précise qu’il a aussi grandi avec la préparation de la Seconde guerre mondiale : par exemple, son instituteur les avait alerté pour qu’ils fassent attention à la 5e colonne. Il se rappelle ensuite la mobilisation, la Drôle de guerre, et la défaite, avec des soldats français qu’il a vu avoir très faim et soif et que les habitants nourrissaient.


Son entrée en résistance:

Son entrée dans la résistance est liée à son père, qui en 1941 a été contacté par d'autres résistants, du moins des personnes qui voulaient faire quelque chose.
Un jour, son père l'appelle. Sur la table de la cuisine est posé un revolver avec des balles. Son père s'occupe de le graisser. Son père lui explique qu'il faut cacher cette arme et que s'il lui arrive quelque chose, quelqu'un viendra la chercher. Jean Soury lui demande comment il saura à qui la donner, son père lui dit que la personne qui viendra sera forcément cette personne à qui le donner.
L'arme et les munitions sont cachées dans une boîte en fer, puis celle-ci dans un bout de grange, sous de la sciure de bois. Toutefois, quelques temps ensuite, l'adjudant de gendarmerie vient trouver son père pour lui dire qu'il a été dénoncé, et la police de fait vient et perquisitionne pile où c'était caché. La délation a été faite par une vieille dame, voisine, que la famille pourtant connaissait bien. Heureusement que son père a été prévenu. Pendant l'interrogatoire, son père nie. Le responsable de police finit par ne pas chercher plus loin.

-> D'après M. Soury, il ne pouvait pas y avoir de résistant sans complice ou personne peu zélée. A partir de là, Jean Soury devient agent de liaison. L'objectif pour lui est de trouver des contacts, ce qui est difficile. Il faut se méfier de tout et de tous. Son père répondait: « Je ne connais pas cela », si quelqu'un lui demandait des informations sur une possible résistance. Son père allait même aux manifestations organisées par le régime de Vichy, pour donner le change.

Jean Soury résume ensuite ses premières actions de résistance par la distribution de tracts. Que faire pour expliquer la situation de la France et aller contre la propagande du système de Pétain, soutenu par des gens dans la commune (-la Légion, des fidèles, anciens combattants de la Première Guerre mondiale), sans compter les jeunes qui devaient faire partis des associations ou qui étaient embrigadés par les instituteurs qui leur faisait chanter « Maréchal, nous voilà! » ? Ce fut d'abord de la résistance civile.

Comment trouver du papier, de l'encre ? Le matériel utilisé était très rudimentaire. Pour la distribution, les tracts étaient balancés, à vélo, dans le bourgs. Lors des foires, la veille, dans la nuit, les agents de liaison essaient d'en mettre à différents endroits pour que les gens tombent dessus. Cependant, les gendarmes faisaient des rondes et il fallait être prudent, faire le guet. C'était très difficile. Certains tracts étaient déposés par M. Soury et ses camarades, à l'entrée des chemins, ou alors, l'un d'eux en salissait un, faisait comme s'il le ramassait en disant: « Tiens, j'ai trouvé ça. ». Et cela permettait que le tract soit lu par ceux qui venaient s'attrouper, sans attirer la méfiance des villageois.


Les mois passent et la résistance comme lutte armée s'envisage. Où trouver des armes ? L'entrée de M. Soury dans la résistance armée. 

Des fouilles sont faites dans les greniers pour retrouver des armes de la Première guerre. Des pièges sont organisés pour récupérer des armes des gendarmes: piquer leur mousqueton, mais les gendarmes ont peu de chargeurs et de munitions. Cela permettait toutefois de progresser par étapes, de faire au fur et à mesure, pour récupérer toujours plus d'armes.


Ces actions de résistance se faisaient de nuit de peur de la répression organisée par les Nazis. 

Le jour, lui et son père sont dans la légalité, la nuit dans l'illégalité. Son père lui demande toujours s'il n'a pas été suivi. Les contrôles étaient bien moins fréquents que dans les villes de la zone occupée. Les ennemis pouvaient vous filer, il leur suffit de trouver l'agent de liaison pour trouver les identités d'autres résistants.

Il évoque pour finir les pièges tendus par les Nazis: des Nazis qui s'infiltraient dans la Résistance, déguisés en maquisards. Et aussi, qu'au fur et à mesure des années, la répression et la peur se sont intensifiées.

La peur est toujours très présente pour M. Soury et ses camarades.


Anecdote sur la méfiance vis-à-vis des uns et des autres:

Le coiffeur du bourg a dénoncé des réfractaires du STO, après être tombé sur leur cachette. Un groupe mobile de réserve (GMR) du régime de Vichy a tué l'un d'entre eux et les huit autres sont déportés en Allemagne. Avec un copain, Jean Soury veut voir les lieux, s'y rend et marche à un moment sur des armes. Il les recache, puis les récupère et traverse le bourg avec une balle dans le canon d'une des armes, pour les recacher dans une autre cache.


Le rôle des femmes dans la résistance est essentiel: taper les tracts, élever les consciences en s'exprimant dans les files d'attente par exemple, passer les barrages avec de beaux sourires ou leur jupe qui se soulève. Au sujet de passer les barrages, les jeunes eux aussi avaient leurs astuces: faire le rigolo pour passer plus facilement.